16.7.03

Intermittents again and again

Finalement, on ne parle plus que de ça. Les intermittents. Autant d’opinions que d’invités sur les plateaux. Et un consensus sur le fait que « la culture va mal », elle va mourir, il y a de moins en moins d’argent pour la création, etc…

Je ne vais pas refaire ici le problème des intermittents, que je connais mal, étant moi-même un triste salarié en CDI à plein temps. Je pense qu’il y a deux débats, en fait, sous-jacents à celui des intermittents : celui sur la politique culturelle et celui sur la flexibilité de l’emploi.

Je connais mal la « politique culturelle » en France dans ses détails. Le mythe républicain veut que l’on atteigne un jour le 1% du budget de l’Etat. C’est évidemment ridicule que de se fixer un seuil ainsi, qui ne correspond à rien d’autre qu’un mythe collectif. D’abord parce que l’action ne se limite pas à une vision budgétaire (il faut surtout voir comment on dépense, ou on investit, avec quelle efficacité, dans quel but et dans quel sens) et ensuite parce que l’Etat n’a pas et ne doit pas avoir le monopole de la subvention et du financement de la culture. Aillagon a eu beaucoup de courage de rompre avec ce mythe républicain, qui a poussé Trautmann puis Tasca à afficher un budget en hausse, atteindre le myhtique 1%, pour ne finalement pas le dépenser. Mais c’est évidemment mal passé dans un pays où dire que l’action publique doit être efficace vous fait passer pour un dangereux ultra-libéral. Son tort a été de ne pas donner de lignes claires à sa politique.
Il est cependant clair qu’il faut améliorer le fonctionnement de la politique culturelle. Parce qu’il est intolérable, alors que le budget a connu une belle hausse sur ces dernières années (+17% sur 5 ans), d’entendre qu’il n’y a plus d’argent pour la culture. Cela dénote un problème non de crédits (quel pays au monde accepte une telle dépense pour ce sujet ?) mais de leur bonne utilisation et orientation. Le détournement du fonctionnement des FRAC, qui ne jouent pas leur rôle de soutien et vivier de la production artistique contemporaine en région, est exemplaire. Là, je pense que la décentralisation, plus que la déconcentration, peut jouer un rôle.
Mais il y a certainement des multiples dossier qui méritent un débat avec les professionnels, mais un débat public et partagé, s’il vous plait ! Le mouvement des intermittents aura eu ce mérite de pousser Aillagon à lancer une grande consultation nationale. Le rendez-vous est pris.

L’autre débat qui navigue sous ce problème de l’intermittence, c’est celui sur la flexibilité du travail, de l’adaptation des règles à ce besoin, et de son nécessaire contrôle. Les professions du spectacle sont par nature intermittentes (aller-retours entre des phases de préparation et de production). Le statut de l’intermittence, qui date de l’après 68 a eu le mérite de répondre à ce besoin, en créant une garantie spécifique qui offre aux employeurs une grande flexibilité d’emploi.
Intention louable, mais dont les effets pervers sont énormes. Dans un système français où l’emploi est structurellement rigide (ce que je ne conteste pas), créer ainsi une trappe à flexibilité crée par nature un abus d’utilisation. Et cet abus, où la responsabilité individuelle de l’employeur comme de l’employé est peu sollicitée, favorise un système où, de plus en plus, chacun s’appuie sur la collectivité pour des motifs qui dépassent celui du simple besoin de l’artiste de disposer liberté pour sa création. En clair, si l’UNEDIC peut payer une partie de la prestation qu’une boite de prod souhaite, pourquoi s’embêterait-elle à la payer ?
J’ai du mal à croire dans l’efficacité d’une lutte contre les abus, qui nécessiterait de grands moyens. Elle est néanmoins nécessaire. Mais comment réformer le système pour qu’il soit moins porteur d’abus ?
J’avoue ne pas avoir de réponses, après des heures de lecture et d’écoute de France Culture (qui ne parle plus que de ça).

Voilà. Je poste ce blog-là. Dur de produire quelque chose de bien, les tentatives sont nombreuses, mais peu passent le cap de la publication. Cet exercice - désormais public - est un peu plus exigeant. Promis, je ne ferai pas que parler de politique.

2.7.03

Retour sur les retraites

Ca y est, le débat sur les retraites est déjà quasiment derrière nous. René Passet et Ignacio Ramonet tentent de continuer à diffuser leurs soi-disant idées de révolution, mais la CGT a déjà changé de combat, et sa pétition en ligne n'a pas réuni 10.000 signatures.

Un peu de recul, ça permet d’analyser plus à froid.

Je retiens le courage et la force de la CFDT. Et l’émergence de Jean-Marie Toulisse et François Chérèque comme des hommes exceptionnels. Ils forcent le respect. Lire actuellement une
interview
de Toulisse sur la tentative de front syndical CGT/CFDT/FO et sa rupture. Il faudrait leur envoyer tous les jours un message d'encouragement.

Je retiens que la méthode du gouvernement est restée brutale et sans doute trop ferme. Ca a contribué à faire basculer Bernard Thibault du coté de ses ultras, lui qui évolue, je veux le croire, sur une ligne plus réformiste. Cela n’aide pas les futures discussions sur la réforme de la Sécu ou de la démocratie sociale. Je regrette que la réforme n’ait été que comptable, et n’ait pas fait accepter au préalable des évoçlutions sur la perception collective des rapports entre temps d’activité et d’inactivité.

Je retiens les promesses, exigences et positions de chacun. Je salue le courage de Michel Rocard, avec qui je me trouve encore très en accord, sachant condamner les « brutaux et les molletistes ». Je suis atterré par Ségolène Royal, qui a fait du crypto-communisme sans aucune crédibilité à « Mots Croisés » face à un Delevoye plus convaincant et un Chérèque brillant. Je retiens l’exigence d’une politique de l’emploi par Strauss-Kahn, seul reproche véritable au gouvernement, mais qui conduit DSK à demander le retrait de la réforme (!!!). Je retiens l’exigence par Chérèque d’une réforme du mode de représentation syndicale, suivi par la CGT.

Je retiens deux types de positions : ceux qui recherchent la réforme, l’avancée, dans un esprit de rassemblement et de consensus, et ceux qui opposent camps contre camps, droite contre gauche, petits contre grands, privé contre public. Sur cette réforme, je crois que réunir était difficile, mais fondamental. J’osais croire que, sur les retraites, le PS pourrait rejoindre un consensus national. J’ai été déçu de la position polémiste et exclusive de certains, à droite comme à gauche, là où l’enjeu dépassait le calcul.

Je retiens surtout, enfin, que, pour une fois, un gouvernement n’a pas reculé devant la pression syndicale extrême, pour faire passer une réforme qui, si elle était incomplète, n’en était pas moins le fruit d’une négociation, globalement juste et fondamentalement nécessaire.

1.7.03

Intermittents du spectacle : arrêter la désinformation.

Encore une fois, j’hallucine du sectarisme et du détournement qui est fait de certains débats. La réforme du régime des intermittents du spectacle est nécessaire. Le nombre de cotisants a doublé en dix ans. Ce régime coûte 800 millions d’euros à l’Unedic par an (5 milliards de francs !). Il est évident qu’il faut un peu faire évoluer les choses, sans remettre en cause la base même d’un régime spécial pour ces emplois liés à la culture et nécessitant un soutien de la société.
L’accord signé est juste. Il demande à un intermittent de travailler, sur les 10 derniers mois, 63 jours, soit 12 semaines sur 43. Au lieu de 12 semaines sur 52. Celà va faire en effet sortir du système certains intermittents qui travaillent peu.
En contrepartie, il annule la dégressivité de la pension, prend en compte toutes les heures travaillées (répétitions notamment), prend en compte des heures non travaillées (formations, maladie…), un plancher d’allocation est garanti, et, globalement, l’indemnisation progresse, pour toutes les catégories, surtout les plus faibles.

Mais non, on entend partout le cri de la mort de la culture, on nous sort des « c’est la victoire du capitalisme ultra-libéral ! » on crie à la fin de « l’exception culturelle »… Ceux qui osent porter ce discours sont de dangereux manipulateurs. Ce sont eux les responsables de la grogne et de la montée du FN, qu'ils décrient tant. Ce matin, sur France Culture, on a entendu Régine Chopinot nous crier à l’abomination, à la fin de la création intelligente, au « déclin depuis 30 ans » de la vie culturelle en France…

Mais comment porter un discours de raison dans ce mépris total de l’objectivité et de la responsabilité ?

Les salariés et les entreprises soutiennent les artistes et les acteurs de la création culturelle. C’est juste et bien. Cela aurait pu être l’Etat, mais passons. Seulement, cette solidarité avec les acteurs de création s’accompagne d’une exigence de responsabilité de leur part, et d’auto-exigence sur leurs conditions. Quand on est supporté par l’autre, on est passible d’un engagement, et on doit traquer les abus et failles de ce système. L’indemnisation des intermittents n’est pas en « déclin », comme le dit Régine Chopinot. Il a accueilli en 2002 deux fois plus d’indemnisés qu’en 1992. N’est-ce pas un signe de la vitalité de la création culturelle, pour la CGT ou R. Chopinot (qui compte toujours en nombre de personnes bénéficiaires d'une indemnité) ? N’est-ce pas par ailleurs un signe de l’abus du système, si on considère que la création décline ?
La CGT est coupable, encore, de désinformation et d’irresponsabilité dans ce dossier. Elle refuse la réforme, elle ne cherche pas à l’améliorer, elle ne veut pas négocier. Elle souhaite simplement créer un conflit, pour prendre une revanche sur son échec dans les retraites.

Il est temps d'apprendre dans notre pays le sens de la responsabilité. Sinon, on va créer de plus en plus, par le mépris de l'assisté pour son assisteur, deux camps, fatalement dissociés.

PS : je viens de lire le rapport d'En Temps Réel sur le modèle Suédois. Dieu que ça fait réver comme sens de la responsabilité publique...

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