19.9.03

Cuba Libre ! / Irak / Gestion française...

C’est le titre de cette belle tribune de Valcav Havel, Lech Walesa et Arpad Goncz dans Le Monde, qui propose un investissement des pays démocratiques pour soutenir le vent de changement (sévèrement opprimé) qui souffle à Cuba depuis la proposition Varela. Je suis toujours étonné de l’indulgence de l’intelligentsia française (et même de nombre de mes amis…) à l’égard du régime en place à Cuba, sous prétexte que les motifs de fond seraient bons. Mais quels motifs peuvent excuser l’aliénation des libertés les plus fondamentales par un pouvoir politique ?
Allez, je cite simplement : « L'expérience historiquement récente de l'Europe, en matière de transition pacifique de la dictature vers la démocratie, en Espagne d'abord, plus tard dans les pays d'Europe centrale, a servi d'inspiration à l'opposition cubaine. C'est donc l'Europe, tout particulièrement, qui ne devrait pas hésiter aujourd'hui, en raison de sa propre expérience. Son histoire l'y oblige. ».

On ne peut, comme une ministre de la culture en 2002, boycotter l’Italie du salon du livre, pays démocratique et respectant la liberté d’expression et de création de ses auteurs, même si son président a des casseroles, une honnêteté discutable et des alliances peu honorables, et en même temps se rendre à Cuba y fêter la création d’un peuple qui est opprimé, ne peut créer ni s’exprimer librement et dont les principaux auteurs sont contraints à l’exil. C’est encenser ce que l’on condamne par ailleurs !

J’y vois, comme dans la distorsion entre le mal que représentent les USA et celui que représente l’islamisme et les totalitarismes, un tropisme de bourgeois français prompt à condamner le soi-disant puissant démocrate, mais tolérant à l’égard du soi-disant faible totalitaire. Ca me donne la nausée.

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Au passage, je reste atterré par la tribune de Philippe Séguin dans Le Figaro. Il y encense la politique de Chirac dans le bras de fer sur l’Irak, sans argument nouveau, le présentant comme le garant du multilatéralisme.
Là encore, je persiste : le multilatéralisme est un bel objectif. Le renforcer, c’est aussi donner du pouvoir à l’ONU. Et donner du pouvoir à l’ONU, c’est savoir faire respecter ses décisions multiples, si besoin par la force, quand celles-ci sont bafouées par un Etat qui ne respecte pas son fondement (la déclaration des Droits de l’Homme de 1948). Or, si une chose est sûre, c’est que la position de la France a bien été de tout faire pour que l’Irak continue de ne pas les respecter, affaiblissant ainsi la force de l’ONU. Bravo, Jacques !

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Enfin, petit constat sur le débat sur le déficit, l’Europe et le couple franco-allemand. L’important n’est pas uniquement le montant, mais aussi la nature et les causes du déficit. Les causes sont communes à la France et l’Allemagne : une réduction des recettes due à une moindre croissance. En revanche, l’Allemagne, pour y répondre, s’est engagée dans un programme de réformes exemplaires, pour que ce déficit serve véritablement la croissance, en réorientant les dépenses et en se focalisant sur l’efficacité de la gestion publique.
La France, elle, se contente de suivre l’augmentation inexorable de la dépense, saupoudrant de la réformette dans son administration (un petit peu de changement à Bercy, sans toucher aux fondamentaux, aux structures, aux raisons profondes de notre non-maitrise de la croissance des dépenses.
Ensuite, la France va voir son ami allemand, et lui demande de l’absoudre en faisant croire à des projets d’investissement, de recherche. Qui peut y croire ?

16.9.03

Retour d’une semaine à Barcelone.

La liste de livres à lire s’élargit. Non, pas la rentrée « littéraire » des bouquineuses. Celle des livres d’actualité, de décryptages. Outre Glucksmann, que j’ai l’impression d’avoir perdu (peut-être est-il sous le lit), et que je recommande toujours chaudement, je note :
- Nicolas Baverez, homme brillant par son exigence, qui publie un noir tableau, La France qui Tombe, chez Plon. Chez Energies Démocrates, nous sommes très proches des idées de Baverez, et du constat de déclin de la France, lié à une incapacité de se réformer qui relève plus du choix et de la responsabilité de ses dirigeants que d’une fatalité de l’histoire. A lire, donc. Voir aussi l’article du même dans Le Monde.
- Le livre de Jean Hatzfeld sur le génocide du Rwanda. Au cours de l’été, Christie et moi avons suivi avec passion, entre midi et deux, sur France Culture, le long travail de décryptage du dernier génocide de masse en date. Il faut lire ce livre, pour comprendre comment, par quels mécanismes, à la fin du vingtième siècle, on peut encore, froidement, mécaniquement, souhaiter et mettre en œuvre l’extermination d’un peuple.

Sur Glucksmann, encore. Je suis tombé dimanche sur Ripostes, sur la cinquième, l’émission de Serge Moati (qui est meilleur derrière une caméra que devant). Je suis resté pantois devant le culot de Christophe Aguiton, d’Attac, qui reste incapable d’argumenter sur la nécessité pour les Etats-Unis de sortir d’Irak, et également incapable de condamner ne serait-ce qu’une partie de l’attitude de la France, aujourd’hui ou hier, dans sa relation avec l’Irak. Il est tellement facile de désigner l’affreux Bush, plutôt que de regarder les conséquences de nos erreurs. La priorité, selon Aguiton, c’est avant tout de faire partir les GIs. La paix, la sécurité, la protection des irakiens contre les terroristes et les pillards, contre les totalitarismes, rien à faire. L’important, c’est d’être contre l’américain, c’est un principe fondateur.
Peu étonné aussi de la partition de Moscovici, qui confirme qu’on peut tenir dans la durée un discours lénifiant et peu courageux. Tout est dans la mesure et l’absence d’engagement chez cet homme. Il est content que Saddam soit tombé (mais soutenait plutôt son maintien) et souhaite (mais pas plus que ça) que la France joue un rôle là-bas (mais sans trop de conséquences néfastes pour nous). Notons que ce discours n’est pas très éloigné de celui de Villepin. La tradition « Quai d’Orsay » dépasse les clivages des partis, cela est certain.

3.9.03

Rentrée

De retour à Paris. L’appart, le déménagement et les travaux à organiser, le boulot qui reprend, les impôts à payer , et le retour, après quelques semaines d’abstinence, à l’observation de notre vie politique et sociale.

Bon retour, ma foi, sur le débat d’idées. Ce matin, deux articles retiennent mon attention. Je confirme d’abord mon immense estime de Jean-Louis Bourlanges. Son interview dans Le Figaro montre une vraie vision de la nécessité de la réforme, de son sens, de ses exigences. Voilà un homme politique qui ne dit pas qu’il y a des solutions faciles là où il n’y en a pas. Je ne résiste pas au plaisir de quelques citations : « Raffarin est un intermittent de la réforme, il fait des réformes comme on va chez le médecin, pour que ça aille mieux, oublier au plus vite tout cela et reprendre le train-train de la vie simple et tranquille. Les raffarinades, ce babillage inconsistant sur la vie en société, n'ont sans doute pas d'autre fonction que d'opérer cette diversion du discours politique de l'essentiel vers l'insignifiant. ». Et encore : "Aucune réforme ne peut paraître légitime si elle ne peut prendre en compte une exigence éthique de partage de l'effort et de réduction des inégalités."

Autre article, celui de François Chérèque dans Le Monde. Il se rapproche de manière flagrante de Bourlanges sur l’analyse du mouvement « altermondialiste » et sur a nécessité de la réforme. Tous deux pointent l’étonnante contradiction à demander un autre monde, un autre partage, quand il est loin de nous tout en s’accrochant au statu-quo à l’intérieur. Je cite Chérèque : « Téméraires au- delà des mers, mais conservateurs à la maison ! » et Bourlanges : « D'où le succès de mouvements qui mêlent assez subtilement radicalité et nostalgie, refus du libéralisme mondial et défense des droits acquis. ». Bel article, donc, de Chérèque. J’espère que ses appels au gouvernement ne resteront pas lettre morte. C’est plutôt inhabituel de bénéficier d’un tel partenaire pour avancer.

Enfin, retour à la lecture de livres d’actualité, avec le « Ouest contre Ouest » d’André Glucksmann. Je viens de commencer, et déjà suis sur la même ligne de la sensation du risque, de la nécessité de faire évoluer « avec » et non « contre » les Etats-Unis, sur la perception qu’il existe bien un « mal » très grave et sévère dans le terrorisme, l’islamisme, ce qui ne signifie pas que nous sommes détenteurs du bien… Son analyse de la difficulté du passage à l’acte de guerre, sa reconnaissance envers Chirac de l’action en Yougoslavie comme son intransigeance quant à l'attitude du président vis-à-vis de la Tchétchénie prouvent une nouvelle fois la justesse de cet homme. Le lire permet de bien comprendre pourquoi quelques intellectuels ont osé refuser de dire « plutôt Saddam que la guerre », point de vue que je patage. Tout comme Salman Rushdie disait « Jamais je ne descendrai dans la rue our sauver Saddam Hussein ». C’est chez Plon et chez votre libraire, j'espère.

Au programme également, acheter la revue Commentaire, qui n’est que très mal distribuée, pour lire un passionnant article, paraît-il, de Nicolas Baverez.

Bonne rentrée, donc. Et vous ?

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