2.10.03

Europe contre Europe ?

La « crise irakienne »* a révélé des clivages dans la perception et le projet qu’ont les différents pays. Cela a vite été caricaturé par certains comme : les méchants atlantistes (pays de l’Est, Pologne en tête) contre les vrais européens (le légendaire couple franco-allemand). Suivez mon regard.
Je n’ai, évidemment, pas cette vision.

D’abord, je pense que l’accueil des nouveaux entrants dans l’UE doit s’accompagner d’une générosité à leur égard. Or la position française est tout sauf généreuse à leur égard : on s’attache surtout à se protéger, à maintenir les politiques qui nous font le plus plaisir (PAC…) et à tenter de conserver le plus de pouvoir possible, avec la tentation non avouée de faire des nouveaux entrants des « petits ».
Pour moi le projet d’Union n’est pas celui-là. On ne peut dire vouloir constituer une « Europe Puissance » sans accepter de partager plus qu’un peu de la richesse. Il faut vraiment

Ensuite, la légende du couple franco-allemand me semble déplacée, là où le gouvernement s’érige en défenseur du multi-latéralisme. La position franco-allemande, et surtout française, est celle de l’unilatéralité en Europe : « ce que français et allemands veulent, les autres devront l’accepter ». Quand on critique cette manière de procéder dans le Monde, on évite de se l’appliquer chez soi.

Ensuite, je pense que Chirac et Villepin n’ont pas compris l’attachement des ces pays à l’Europe, à la liberté et à la démocratie. C’est une réaction emblématique de démocrate nombriliste petit-bourgeois. Les Etats-Unis apparaissent aux pays de l’Est, à juste titre, un plus fort rempart contre les totalitarismes et les extrémismes que la faible UE, qui n’a rien fait pour empêcher les drames de Yougoslavie, qui ont été arrêtés grâce à une intervention américaine sans onction ONUsienne.

Sur ce sujet, je suis en train de lire le cahier N°8 d’En Temps Réel, sur les divergences entre Europe de l’Est et de l’ouest. A lire absolument, cela éclaire sur les divergences et les défis qui accompagnent l'élargissement.

J’ai également fini Ouest contre Ouest de Glucksmann. Même si c’est parfois redondant, parfois mal écrit, ça mérite vraiment d’être lu, car il est assez rare d’entendre en France un tel discours de raison et d’équilibre. Il y a un tropisme des démocraties qui est de fantasmer le monde et de tout juger à l'aune de notre situation confortable et peu menacée. Les voix qui nous aident à sortir de cette torpeur, à replacer sur une échelle nos vraies valeurs, et qui ne font pas de compromis facile dans l'analyse des situations, sont ceux qu'on devrait écouter.

(*) : Cirse irakienne. On l'appelle ainsi alors que la crise, pour les irakiens, a duré quand existait l'oppression, les enfermements, les génocides et la torture. Aujourd'hui, l'Irak vit une autre crise, celle de la naissance de la liberté.

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